Sophie Higgins est professeure à l’École de psychoéducation de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et chercheuse affiliée à l’Institut universitaire en déficience intellectuelle et en trouble du spectre de l’autisme (DI-TSA). Ses recherches portent sur le bien-être relationnel et sexuel des personnes autistes et des personnes ayant une déficience intellectuelle (DI).
Membre régulière du RTSA depuis 2023, elle développe des programmes et des outils d’éducation à la sexualité adaptés aux besoins des personnes concernées et des milieux de pratique. Elle collabore notamment avec le Laboratoire vivant À pas de géant pour adapter le programme Connexion Spectrum aux élèves du secondaire.
À l’occasion de sa conférence du 29 octobre 2026, présentée dans le cadre de la série d’activités d’apprentissage du Laboratoire vivant À pas de géant, nous avons échangé avec elle sur ses recherches, les besoins exprimés par les jeunes et ses collaborations avec les milieux de pratique.
Sophie Higgins présente ses travaux sur l’éducation à la sexualité des personnes autistes et ayant une déficience intellectuelle, ainsi que des outils développés avec les milieux de pratique.
Comment avez-vous commencé à vous intéresser à l’éducation à la sexualité ?
Higgins : Mon intérêt pour l’éducation à la sexualité auprès des personnes autistes ou ayant une DI s’est développé dans le cadre de ma pratique clinique et de mes travaux de recherche auprès de personnes ayant une DI et présentant des comportements sexuels inappropriés.
Comme clinicienne, j’ai constaté à quel point les personnes intervenantes pouvaient se sentir démunies face à ces situations.
L’éducation à la sexualité est nécessaire, tant pour prévenir ces comportements que pour soutenir les interventions en réadaptation. En développant mon expertise, je me suis intéressée plus largement au bien-être relationnel et sexuel des personnes autistes ou ayant une DI. C’est ce qui m’a menée à entreprendre mes travaux en éducation à la sexualité.
Quels besoins les jeunes expriment-ils en matière d’éducation à la sexualité ?
Higgins : Dans le cadre d’un projet de recherche, un groupe de jeunes adultes autistes a souligné l’importance d’avoir accès à un programme d’éducation aux relations saines et à la sexualité qui répond à leurs besoins.
Les participants souhaitaient notamment aborder les aspects relationnels et socioémotionnels de la sexualité : la vie amoureuse au quotidien, les rencontres et la séduction, les motivations dans les relations, les différences culturelles, les relations entre personnes neurotypiques et neurodivergentes, la diversité des genres et des façons de vivre sa sexualité, ainsi que les aspects légaux des pratiques sexuelles.
Ils ont aussi exprimé le besoin d’un programme combinant des connaissances théoriques et des activités pratiques pour faciliter les apprentissages.
Un autre groupe, composé de personnes ayant une DI, a exprimé des besoins semblables, notamment en matière d’habiletés relationnelles, de gestion des différentes étapes d’une relation, comme les ruptures amoureuses, et de sexualité. Ces personnes souhaitent recevoir des informations plus précises et détaillées sur ces sujets. Elles ont également souligné l’utilité des images, des vidéos, des activités interactives et des supports visuels, comme les bandes dessinées.
Ces consultations mettent en évidence un manque important de programmes adaptés aux réalités actuelles des adolescents et des adultes autistes ou ayant une DI. Les ressources existantes ne tiennent pas toujours compte de l’évolution des normes sociales et sexuelles ni des nouvelles technologies.
Sur quels projets travaillez-vous pour répondre à ces besoins ?
Higgins : Deux de mes principaux projets visent à développer des programmes d’éducation à la sexualité adaptés à différents publics :
- Connexion Spectrum s’adresse aux jeunes adultes autistes de 18 ans et plus. Ce projet comprend le développement d’un programme de formation pour les personnes intervenantes. Il est actuellement en phase d’implantation et devrait être disponible prochainement, en français et en anglais.
- Moi, ma sexualité, mes choix s’adresse aux adolescents et aux adultes de 12 ans et plus ayant une déficience intellectuelle. Ce programme, actuellement en développement, est offert en français seulement pour le moment.
Comment votre collaboration avec le Laboratoire vivant À pas de géant contribue-t-elle à vos recherches ?
Higgins : Je souhaite mieux comprendre les besoins et la réalité du milieu scolaire en lien avec l’éducation à la sexualité des personnes autistes ou ayant une DI, afin de co-construire des outils adaptés et clés en main pour faciliter l’implantation de séances d’éducation à la sexualité dans les classes.
Comment rendez-vous ces outils plus faciles à utiliser dans les milieux de pratique ?
Higgins : Nous développons des ateliers d’éducation à la sexualité clés en main, pouvant être offerts en individuel ou en groupe. Ces ateliers sont divisés en quatre blocs thématiques incluant entre trois à cinq séances, afin d’augmenter la flexibilité de leur utilisation.
Ainsi, les personnes animatrices peuvent cibler les ateliers pertinents en fonction des besoins plus précis des jeunes. L’aspect clé en main, incluant des présentations de contenus, des activités et une fiche à remettre aux proches permet de répondre à un besoin fortement nommé par les personnes intervenantes.
Quelques ressources pour aller plus loin
- Chacun son corps: livre expliquant la diversité des corps en illustrations
- SantéBD : des supports visuels pour faciliter la compréhension et les échanges sur la santé.
- Outils cliniques (formation et fascicules) en lien avec la sexualité
- Oser être soi et respecter son partenaire… ça s’apprend ! : un article de l’Institut universitaire en DI-TSA sur le programme Connexion Spectrum.
Pour en savoir plus ou collaborer
La professeure Sophie Higgins est ouverte aux échanges avec les personnes souhaitant en savoir davantage sur ses recherches, ses programmes d’éducation à la sexualité ou les possibilités de collaboration avec les milieux de pratique.
Vous pouvez la joindre à sophie.higgins@uqat.ca ou consulter son profil à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ou LinkedIn pour en savoir plus sur ses travaux.